"The Party", de Blake Edwards

(actualisé le ) by Ray

Je suis allé voir cette semaine une reprise de The Party de Blake Edwards (1969) sur grand écran, dans un ciné répertoire du quartier Latin. Quel bonheur !

Un acteur parfaitement incompétent et maladroit fait exploser par mégarde le décor grandeur nature du film péplum auquel il participe (ah, les hurlements de rire que j’ai poussés en voyant cette scène grandiose, qui ouvre le film !). Le directeur, fou de rage, lui hurle qu’il ne travaillera jamais plus à Hollywood, et transmet aussitôt le nom du banni au patron du studio, qui le note sur un bout de papier qui traîne sur son bureau - un papier qui s’avère être la liste des personnes que sa secrétaire doit inviter pour une réception chez lui le lendemain. L’acteur, un immigré récent de l’Inde campé par l’inoubliable Peter Sellers, arrive donc chez le patron, carton d’invitation en main, et voilà qui s’enchaîne une série ininterrompue de petits incidents relevant à la fois du caractère légèrement gaffeur mais ô combien sympathique de notre héros, de sa condition d’outsider, de l’ambiance désinvolte de la soirée et tout simplement du destin. Un destin qui nous amène du premier incident anodin, quand il perd une chaussure dès son entrée dans la maison, à travers des malheurs divers qu’il provoque malgré lui en essayant de fraterniser avec ses hôtes et leurs invités, jusqu’à l’apothéose finale, un morceau d’anthologie.

C’est un comique de situation, et c’est aussi une comédie sociale subtile et brillante dans le Hollywood des sixties et de toujours, peuplé de patrons plus portés sur l’argent que sur l’art, de jeunes personnes avec des jupes et des idées courtes à couper le souffle, de nouveaux riches d’une vulgarité à toute épreuve, de beaux acteurs, d’adorables actrices et de jeunesses joyeuses. Mais ce qui donne le sel essentiel à ce film, ce qui le hausse au plus haut niveau, c’est le regard porté sur tout ce monde par notre personnage principal venu d’ailleurs, avec son accent étrange (évidemment, il faut voir ou plutôt entendre ce film en version originale), sa volonté d’être compris et accepté, son attachement à ses propres valeurs, en un mot sa différence, qui nous émeut en même temps qu’elle nous amuse.

Un film qui fait autant rire aujourd’hui que le jour de sa sortie voici trente-cinq ans, grâce au talent immense de Peter Sellers et à l’art de Blake Edwards. Un film comique débordant d’humanisme et de tendresse. Un film comique parmi les plus grands (y en a t-il eu beaucoup ?). Un chef-d’oeuvre !