Le bûcher de Montségur, par Zoë Oldenburg

(actualisé le ) by Cybervinnie

Edition de poche: Folio, 520 p. - Edition originale: 1959

J’ai commencé cette étude historique alors que nous quittions l’Espagne et nous apprêtions à visiter Montségur sur le chemin vers la Corse. Elle m’a accroché comme un thriller.

Zoë Oldenburg ouvre son exploration de la répression contre les cathares dans le midi au début du 13ème siècle par l’appel d’Innoncent III à la croisade contre les hérétiques de la terre occitane, le 10 mars 1208. Elle la conclut par le bûcher de Montségur où, le 16 mars 1244, plus de 210 martyrs sont exécutés, tandis que Pierre-Roger de Mirepoix fait évader par la falaise occidentale Amiel Aicart et Hugo Poitevin, plus un guide, pour mettre à l’abri les dernières ressources de Montségur et récupérer l’argent des cathares évacué deux mois plus tôt, en plein siège... 36 ans de guerre et de diplomatie, pleines de rebondissements et de tragédies, qui se soldent par l’intégration du midi au royaume de France.

Alternant récit des opérations militaires et diplomatiques appuyé à partir des chroniques d’époque, explication des rituels et de la philosophie cathare, et analyse des situations politiques et sociales, Zoë Oldenburg nous donne les outils indispensables pour comprendre ces années désastreuses pour le Languedoc. Elle nous plonge dans cette tranche passionnante d’histoire où l’Eglise organise une croisade terrible puis une répression inquisitoriale redoutable en terre chrétienne.

C’est aussi le récit de la fin de l’indépendance du Midi, absorbé par la France du fait-même des injonctions des papes successifs au Roi de servir les intérêts de Rome en participant à l’élimination de l’hérésie dans des régions où le clergé a perdu beaucoup de terrain, à force de commpromissions entre le spirituel et le matériel, en matière d’influence morale et religieuse.

De Philippe Auguste à Louis IX, les Rois de France répondent de plus en plus directement aux demandes pontificales et finissent par reprendre eux-mêmes en main les terres du comte de Toulouse (Raymond VI, puis son fils Raymond VII). C’est du point de vue des terres occitanes que la tragédie historico-politique nous est contée, jusqu’aux dernières intrigues qui permirent la prise de Montségur, au terme d’une longue résistance.

Quelle émotion, après une telle lecture, d’arriver la nuit au pied de l’éperon rocheux sur lequel se dressent les ruines du château martyr, et de voir se lever le jour sur le paysage majestueux des montagnes ariégeoises!