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Published 22 June 2000

International Herald Tribune - Dec.16, 1997

Cinéma Vérité in Europe : Rejecting U.S. Culture (+ trad.en Français)

By Richard Pells - The International Herald Tribune - Tuesday, December 16, 1997 - [The writer, a historian at the University of Texas, is teaching in Bonn as the Fulbright professor in American studies. He contributed this comment to the International Herald Tribune.]

BONN - ’Schindler’s List’ was not popular in Poland. The reason, a Polish student explained, was that everyone there ’knew’ Steven Spielberg was a mere entertainer. The Poles, therefore, were not taken in by his attempt to be regarded as a ’serious’ filmmaker. Another reason for the failure of ’Schindler’s List’ at the Polish box office, one might suppose, is that the Poles - like the French and Swiss - have not been eager to confront their past. But justifying their refusal to see Steven Spielberg’s most provocative film by calling him a Hollywood hack reveals how persistent is the hostility to U.S. mass culture on the part of students in Poland and elsewhere in Europe.

I have been lecturing at universities in Germany, Poland, Denmark and France on my new book, ’Not Like Us : How Europeans Have Loved, Hated and Transformed American Culture Since World War II.’ In the book and in my lectures, I argue that the hunger for a hit and the fear of commercial failure are precisely what give American films and television programs, as well as newspapers and magazines, their vitality, their emotional connection with audiences and their immense global popularity.

Not infrequently, Hollywood’s efforts to enthrall audiences also result in works that are artistically superior to those produced by European filmmakers who are cushioned by government subsidies and guarantees of screen time in theaters. When they are insulated from the pressures of the marketplace, European producers and directors have too often created works that are neither entertaining nor provocative, just self-indulgent. In sum, I suggest there is no contradiction between commerce and culture. On the contrary, the market in America has served as a stimulant for art.

Many of the students who attend my lectures remain unpersuaded. They, too, love American movies. But at the same time they cannot forgive Hollywood its profit motive. To them, as for other educated Europeans, America’s mass culture is brash, superficial, vulgar, infantile and inane. Worst of all, it is commercial. Europeans regard culture as a public service, not as a chance to make money. They are proud of their governments’ subsidies to the arts.This is not simply the latest version of a century-long debate over the impact of American culture on Europe and the rest of the world. European youths’ continuing antipathy to the marketplace mentality of American culture has at least two important political implications - neither of them good - for U.S. and European policymakers.

First, while Congress has been slashing funds for U.S. cultural programming in Western Europe, the younger generation of Europeans continues to scorn American values. Such hostile attitudes by students still influenced by a Marxist analysis of capitalism cannot be helpful to American foreign policy - especially not when those students will soon reach maturity and begin accumulating power in their own countries. Second, the criticism of commercialism and the dislike of the free market, in economics as well as in culture, come at exactly the moment when European politicians are calling for more deregulation and fewer social services. European leaders can hardly expect to compete with America in the global marketplace if their young people are so skeptical about the benefits of privatization. In effect, policymakers in London, Paris and Bonn have failed to convince large numbers of people crucial to the future economic health of Europe that the American model is worth following.

None of this means that Europe’s students will not grow up to be dedicated capitalists. But it does mean that there is a profound difference in mood between European and American policymakers, who are confident that their societies can rely on the private sector, and the student generation, which is uninspired by the entrepreneurial values it associates with America.


Le Cinéma Vérité en Europe : rejet de la culture américaine

par Richard Pells (IHT, 16 déc.1997)

BONN- La Liste de Schindler n’a pas rencontré de succès populaire en Pologne. Un étudiant polonais a proposé l’explication suivante: tout le monde là-bas " savait " que Steven Spielberg ne faisait que du " divertissement ". Les Polonais, par conséquent, n’ont pas été séduit par sa tentative de passer pour un cinéaste " sérieux ". Une autre raison de l’échec de La Liste de Schindler au box office polonais pourrait également être que ceux-ci - comme les Français et les Suisses - ont jusqu’à présent eu du mal à regarder leur passé en face. Mais justifier leur refus de voir le plus audacieux des films de Steven Spielberg en réduisant son auteur au rang de suppôt de Hollywood témoigne de l’hostilité persistante envers la culture de masse américaine dont font preuve les étudiants en Pologne et ailleurs en Europe.

J’ai fait des conférences dans des universités en Allemagne, en Pologne, au Danemark et en France portant sur mon dernier livre, Pas comme nous : comment les Européens ont aimé, détesté et transformé la culture américaine depuis la 2ème guerre mondiale. Dans le livre et dans mes conférences, je défends l’idée selon laquelle la soif de réussite et la peur de l’échec commercial sont justement ce qui donne aux émissions de télé et aux films américains, ainsi qu’aux magazines et aux journaux, leur vitalité, leur adéquation avec l’attente émotionnelle des spectateurs et leur immense popularité globale.

Il n’est pas rare que les efforts d’Hollywood pour plaire aux spectateurs aient également produit des œuvres artistiquement supérieures à celles de cinéastes européens, habitués au confort des subventions d’Etat et assurés de diffusion dans les salles. Quand ils sont détachés des pressions du marché, les producteurs et réalisateurs européens ont trop souvent créé des œuvres qui ne sont ni distrayantes ni stimulantes, simplement complaisantes. En somme, je propose l’idée qu’il n’y a pas de contradiction entre commerce et culture. Au contraire, le marché a servi aux Etats-Unis de moteur pour l’art.

Beaucoup des étudiants qui assistent à mes conférences restent sceptiques. Eux aussi aiment les films américains, mais en même temps, ils ne peuvent pardonner à Hollywood d’être motivé par le profit. Pour eux, comme pour d’autres européens cultivés, la culture de masse américaine est grossière, superficielle, vulgaire, infantile et creuse. Pire : elle est commerciale. Les Européens considèrent la culture comme un service public, pas comme une occasion de faire de l’argent. Ils sont fiers des subventions que leurs gouvernements accordent aux arts. Ce n’est pas simplement la dernière version d’un débat vieux de plus d’un siècle concernant l’influence de la culture américaine en Europe et dans le reste du monde. L’antipathie durable des jeunes Européens à l’égard du penchant commercial de la culture américaine a au moins deux conséquences politiques, toutes deux négatives, pour les dirigeants américains et européens.

D’abord, tandis que le Congrès a réduit très sévèrement les fonds attribués aux programmes culturels américains en Europe occidentale, la jeune génération d’Européens continue à mépriser les valeurs américaines. Des positions aussi hostiles de la part d’étudiants encore influencés par une analyse marxiste du capitalisme ne peut être favorable à la politique étrangère américaine - d’autant moins que ces étudiants atteindront bientôt la maturité et commenceront à accumuler du pouvoir dans leur propre pays. Ensuite, la critique du commerce roi et la réticence à l’égard du libre marché, en économie comme en culture, viennent au moment précis où les hommes politiques européens appellent à plus de dérégulation et moins de prestations sociales. Les dirigeants européens peuvent difficilement espérer être compétitifs face aux Américains dans un marché globalisé si leurs jeunes sont aussi sceptiques quant aux bienfaits de la privatisation. En effet, les dirigeants à Londres, Paris et Bonn n’ont pas réussi à convaincre une part de la population essentielle pour l’avenir économique de l’Europe que le modèle américain vaut la peine d’être suivi.

Tout ceci ne veut pas dire que les étudiants européens ne vont pas devenir des capitalistes convaincus. Mais cela signifie qu’il y a un état d’esprit foncièrement différent entre les dirigeants européens et américains, qui sont convaincus que leur société peut s’appuyer sur le secteur privé, et la génération des étudiants, qui n’adhère pas aux valeurs de l’entreprise privée avec lesquelles elle associe l’Amérique.