"Retour à Killybegs", par Sorj Chalandon

(actualisé le ) by Cybervinnie

Nous avons reçu au lycée Sorj Chalandon pour son livre "Retour à Killybegs". A cette occasion, j’ai rédigé un compte-rendu de sa visite pour le site du lycée, dont voici une copie ci-dessous.

Ce second ouvrage de Chalandon sur la même histoire gagne à mon sens en dimension littéraire, tout en étant complémentaire du premier récit, "Mon Traitre". C’est un mise en fiction captivante d’une expérience vécue, où l’histoire du conflit Nord-Irlandais sert d’arrière plan à une amitié aux échos de tragédie grecque.

Cela donne l’occasion de se replonger dans le climat sombre et dur des "Troubles". A ce titre, des films tels que "Michael Collins" de Neil Jordan (1996), "In the Name of the Father" de Jim Sheridan (1993), "Bloody Sunday" de Paul Greengrass (2002), ou "Hunger" de Steve McQueen (2008) permettent de se replonger dans ces moments d’histoire, dont on parle moins maintenant que le processus de Paix a permis à la violence de cesser.

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Sorj Chalandon au lycée pour parler de "Retour à Killybegs"

Dans le cadre du "Goncourt des Lycéens", mercredi 19 octobre 2011, Mme Hubac, professeur de français de la classe de 1eS et responsable du projet au lycée, a invité l’écrivain Sorj Chalandon pour parler aux élèves de son livre "Retour à Killybegs", en lice pour le prix.

Après une petite révision du contexte historique du conflit Nord-irlandais avec M. Smith, les élèves ont accueilli en salle de Conférence Sorj Chalandon, grand reporter passé en littérature suite au choc subi en 2005 : à la mi-décembre 2005, alors que le processus de Paix était bouclé entre "Catholiques" républicains et "Protestants" loyalistes en Irlande du Nord, son grand ami de 30 ans, Denis Donaldson, figure historique de l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise), a révélé à la télévision avoir été un informateur des Anglais depuis 1981. Terrible choc dans la communauté catholique, mais aussi dans le cœur de M. Chalandon, dont l’amitié avec Denis Donaldson se trouvait brutalement entachée de doutes et de soupçons douloureux.

Un besoin d’écrire

Cette trahison a aussi créé chez M. Chalandon le besoin d’écrire, non plus comme le reporter de guerre qu’il avait été depuis 1973 pour le journal Libération, mais désormais comme auteur d’une fiction intimement liée à son vécu : dans "Mon Traitre", il s’était dissimulé derrière un personnage de luthier français amoureux de l’Irlande pour ré-explorer toutes ces années où Denis avait été son ami intime. Vieilli pour ressembler davantage à une figure paternelle, Denis Donaldson paraissait sous les traits de Tyrone Meehan, mais le récit à la première personne était porté par Antoine "le petit Français".

Dans "Retour à Killybegs", on retrouve Tyrone Meehan à la première personne : reclus dans la maison de son père en République d’Irlande, il attend la mort après l’aveu public de sa trahison. A coup de flashbacks qui font écho au besoin de Sorj Chalandon de relire les faux-semblants de ce passé commun, Tyrone retrace son parcours extraordinaire, depuis sa rugueuse enfance irlandaise jusqu’à sa mort - exécuté par un commando dissident de l’IRA quelques mois après ses aveux publics.

Sorj Chalandon a expliqué à la classe le besoin qu’il avait eu, après "Mon Traitre", de revenir sur cette histoire pour aller plus loin dans la tentative de compréhension et de traitement de sa blessure intérieure. Avec le parler direct, vif, sans fioriture qui caractérise son style, il a avoué aux élèves qu’après ce livre, il se sentait épuisé, incapable d’écrire un nouveau roman, car tout sujet de fiction lui paraissait désormais insipide.

Peut-être qu’il trouvera néanmoins une source d’inspiration nouvelle dans son prochain retour en Irlande du Nord, pour aller pour la première fois sur la tombe du réprouvé, son ami qu’il a décidé de ne pas juger malgré le mal que sa trahison a causé autour de lui. Il s’en défend, pourtant : après "Retour à Killybegs", il pense ne plus pouvoir écrire sur l’Irlande.

Expérience lingusistique

La rencontre s’est terminée par une anecdote savoureuse sur ses premiers contacts linguistiques délicats avec l’accent irlandais, lesquels lui ont joué des tours dans son travail de reporter. Mais pour lui, qui était bègue lorsqu’il était enfant, et qui parle désormais couramment l’anglais avec les intonations des copains qu’il a côtoyés sur place, la conquête de la langue anglaise - dans laquelle il ne bégayait plus - a été indissociable de son vécu en Irlande du Nord.

Après avoir rencontré à la BNF deux jours auparavant une partie des autres auteurs de la sélection du Goncourt des Lycéens, les élèves ont ainsi pu interroger M. Chalandon à loisir et lui faire signer leur exemplaire de son livre. La force de son propos, son langage direct et franc, sa disponibilité et sa gentillesse ont permis aux élèves, aux enseignants présents et aux collègues de la Médiathèque de Mantes, également venues pour l’occasion, de passer un moment passionnant.

La suite de la sélection du Goncourt

Les élèves de 1eS seront réunis le 3 novembre à la Médiathèque de Mantes-la-Jolie pour délibérer sur les livres lus. L’élève qui sera élu délégué participera le vendredi 4 novembre aux délibérations régionales avant de se joindre peut-être, s’il est sélectionné, aux délibérations nationales qui se tiendront ensuite à Rennes.

Vincent