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by : Ray
Published 10 January 2005

"Le Silence", par Orso Miret

Le film s’ouvre sur un groupe de chasseurs guettant le sanglier dans la Corse profonde : les hommes sont dominés par un paysage tout en hauteur, rocailleux, verdoyant et aride en même temps, on a soudainement l’impression de sentir la brise fraîche de la montagne et l’âpre odeur du thym sauvage, on sent et on voit la Corse vraie, la Corse de montagne, la Corse que l’on aime. Et ce n’est pas qu’une belle image d’introduction - cela continue, la chasse se développe, un sanglier énorme court vers le chasseur : l’excitation de la chasse, ses peurs, ses frustrations et ses drames sont là devant nous plus vrais que vrais. Et les chasseurs aussi - on a l’impression de les avoir tous connus quelque part, tellement ils sont criant de vérité et d’authenticité, fait rare au cinéma s’agissant des habitants de l’Ile de Beauté.

Certes, ce n’est pas qu’un film sur la chasse et la passion des Corses pour ce sport-aventure : il y a aussi un assassinat, un dilemme moral, une jeune femme qui se baigne toute nue dans un torrent, un beau village de haute montagne comme on les aime, une église magnifique, des dames qui papotent plus vraies que nature, une femme mystérieuse et une randonneuse énigmatique rencontrée sous la pluie.

Le thème central du film - être ou ne pas être silencieux face au crime - nous émeut cependant assez peu, car le personnage principal est bien trop falot et indécis pour que l’on s’intéresse beaucoup à ses états d’âme. Comment peut-il rester aussi inerte et balourd avant, pendant et après le drame dont il est l’unique témoin ? Il est vrai que nous sommes en Corse où l’on sait ce que omerta veut dire, mais nous restons quand même sur notre faim. Et le style languissant et esthétisant du metteur en scène, avec ses éternels gros plans sur ce visage banal, ses longs silences et ses apartés oniriques en noir et blanc, m’a semblé plus calculé pour taper dans l’œil des distributeurs d’avances sur recettes que dans celui de l’humble spectateur moyen que je suis.

Non, c’est l’atmosphère authentique de la Corse de montagne, les scènes de chasse, la beauté des sites sauvages et du village, le portrait réussi des habitants ce cette région si forte en caractère, qui font que vous qui aimez déjà cette île à nulle autre pareille, ou vous qui voulez la connaître ou mieux connaître, vous pouvez et vous devez allez voir ce film.

Pace e Saluti !