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by : Ray
Published 1 February 2005

"La Marche de l’empereur", de Luc Jacquet

Je suis allé voir ce film avec une petite fille de mon entourage comme ça, un peu faute de mieux, un documentaire d’une heure et demi sur les pingouins, bof, mais au moins la petite sera contente et j’aurais fait ma bonne action de la journée. Une demi-heure plus tard elle était endormie KO et moi, j’étais au bord du siège, les yeux et les oreilles grands ouverts, enchanté par le spectacle étonnant se déroulant devant mes yeux sur l’écran.

Figurez-vous que les manchots Empereur ont une vie trépidante au possible. Ces magnifiques animaux, ressemblant à l’homme comme aucuns autres, partent chaque fin d’été tous ensemble pour un grand trekking de plus de 20 jours et nuits non-stop à travers le désert blanc, pour se rassembler aux fin fond de la banquise de l’Antarctique dans un endroit spécifique, toujours le même. Là, après une rituelle bien connu de nous autres (recherche effrénée de l’âme soeur, danses nuptiales, séances de câlins ...), ils attendent quelques semaines pour qu’apparaissent les fruits de leurs amours : un grand oeuf, un par femelle. Et là on va de surprise en surprise : d’abord ces dames transfèrent illico leurs cargaisons précieuses à leurs maris, avec une sorte de danse-step adroit et non dépourvu de danger, car le contact avec le sol surgelé signifierait irrémédiablement la mort de leur progéniture à venir. A la suite de quoi ces dames partent toutes ensemble pour le long et pénible voyage de retour vers la mer, où elles pêchent pendant 3 mois pour se restaurer et surtout pour préparer de quoi alimenter leurs futurs petits. A un moment donné, très précisément calculé, elles repartent toutes en direction du rassemblement de l’intérieur, et 20 jours plus tard elles arrivent ... pile le jour de naissance des petits, juste à temps pour leur donner ou plutôt régurgiter de quoi manger. Ne parlons pas des papas, ça fait 4 mois qu’ils n’ont rien mangé à part un peu de neige, alors au revoir mesdames, c’est maintenant notre tour et le trek masculin démarre. Et la jeunesse commence à s’activer, à courir, à faire des galopades et à vivre leur propre vie - car bientôt les papas reviennent et leurs mamans vont repartir de nouveau. Enfin l’été arrive, la banquise commence à fondre par endroits, et la vrai vie - celle dans l’eau - peut enfin commencer.

Quelle volonté de survivre, de supporter avec patience et détermination les pires épreuves pour pouvoir arriver au but que l’on s’est fixé - quelle leçon de vie !

C’est intéressant et instructif, donc, mais l’intérêt majeur de ce film se trouve dans sa dimension cinématographique, dans les images extraordinaires que l’on voit étalées sur ce grand écran : le paysage lunaire tout blanc animé par ces longues files d’êtres noirâtres qui nous ressemblent tant, le spectacle incroyable de l’aurore boréale de l’Antarctique, les scènes de plongée et de chasse sous-marines : ce film est une séquence ininterrompue d’images magnifiques. En particulier, la scène sous-marine où les Empereurs après tant de mois d’efforts et de souffrances plongent enfin dans la mer en explosant de joie de vivre et de nager - quelle beauté, et quelle émotion !

Tout n’est pas parfait quand même, car les dialogues, bien trop gnangnans pour mon goût, ne sont pas à la hauteur du reste. Il est vrai qu’ils auraient plu à ma petite compagne, qui s’était réveillée juste à temps pour se joindre aux applaudissements enthousiastes de la salle à la fin du film.

Mais l’anthropomorphisme un peu trop poussé de ce film remarquable ne l’empêche aucunement d’être une grande réussite qui fait honneur au cinéma français.